
United 93 (Paul Greengrass)
Un vol fatal
United 93 retrace le détournement notoire de l’avion, qui, le onze septembre 2001, s’est écrasé dans un champ à Shanksville, en Pennsylvanie, ne laissant aucun survivant. Au générique, à la fin du film, on peut lire l’inévitable divulgation : “certains éléments de ce film ont été fabriqués pour l’écran.” Peu nécessaire. Cette histoire, pour le moins funeste, est racontée de manière tout-à-fait impartiale et vraisemblable. On voit les auteurs du détournement crispés, marmonnant des prières en arabe ; les passagers terrifiés et éplorés, chuchotant “je t’aime” dans leur portable ; et enfin, la lutte désespérée et vaine de certains passagers pour contrôler la cabine de pilotage. L’image de la terre qui approche à une vitesse vertigineuse ne peut-être générée que par ordinateur ; cependant l’illusion est atteinte avec une telle adresse que les spectateurs sont inconscients de cette technique.
Le réalisateur-scénariste Paul Greengrass a établi sa crédibilité en mêlant politique et terrorisme en 2002 dans Bloody Sunday, qui représente l’armée anglaise en train de supprimer violemment une manifestation irlandaise. Greengrass a donné au film United 93 un ton juste et correct, à savoir, sans sentimentalité ni violence gratuite, avec une attention soigneuse aux détails qui offrent un air de sincérité. Il suit les auteurs du détournement, l’équipe du vol et les passagers, dès le début de la journée, lorsqu’ils font leurs préparatifs. En contraste avec l’histoire du vol, le réalisateur nous transporte aussi dans les entrailles des centres de contrôle souterrains du trafic aérien, d’où a été dirigée toute la crise aérienne du onze septembre, depuis le moment où les quatre vols ont cessé de suivre leur plan de vol et n’ont pu être atteints par radio, jusqu’à l’impact du World Trade Center. Les contrôleurs aériens voient sur CNN, avec des yeux horrifiés, l’avion heurter la deuxième tour ; et finalement, sous la pression énorme de circonstances sans précédent, ils prennent la décision de suspendre le trafic aérien dans tous les Etats-Unis.
Certains des véritables contrôleurs aériens qui étaient en plein milieu
de la crise jouent leur propre rôle dans le film, et les acteurs qui jouent les
passagers, y compris Todd Beamer (David Alan Basche), héros présumé, ne sont pas
connus. Ce ne sont pas les personnages surhumains
des films d’action ; ce sont des hommes ordinaires. On
peut sentir leur peur, et leur courage éveille la fierté. Greengrass
a obtenu l’autorisation de la famille de chaque victime avant le tournage, et il
a fait un film qui rend, avec dignité, hommage à la mémoire des victimes du vol
93, ainsi qu’à la mémoire de tous ceux qui ont péri ailleurs ce jour-là.
United 93 est certainement un des meilleurs films de
l’année.
A l’échelle de jours infâmes : 18 sur 20